Rencontre Déco #23 : Ekhi Busquet, une créativité au service du bien commun

Rencontre Déco #23 : Ekhi Busquet, une créativité au service du bien commun | Quark

Ekhi (qui se prononce “EKI”) vient de la côte basque, et porte un prénom qui met en valeur ses origines du Sud-Ouest de la France. 

Ekhi est une designer et directrice artistique, elle dessine des objets et des scénographies où se mêlent l’art, l’architecture ainsi que les enjeux sociétaux. Ces traits sont les racines de sa personnalité. 

Elle a fait l’école Boulle qui l’a aidé à déterminer son parcours et l’a aussi formée au dessin (une pratique qui se perd) ce qui apporte aujourd'hui une singularité à ses créations. 

L’école Boulle est une référence dans le domaine de l’art et du design en Europe. En effet, celle-ci a été créée en 1886. Il s’agit d’un établissement public qui a traversé les deux guerres mondiales. C'est à la fois une école d'arts appliqués et un lycée des métiers d’art, de l'architecture d’intérieur et du design. Aujourd'hui elle se situe dans le 12ème arrondissement de Paris.

Ekhi Busquet et Sloft Porte manteau
Ekhi Busquet et Sloft
"Sous les vagues, les cimes"

Ekhi a une identité du Bassin Méditérannéen avec une grande ouverture d’horizon, beaucoup d’enjeux autour de la lumière ainsi que des ambiances terreuses. 

Pour Ekhi, le mot passion rime avec le mot travail. En effet, la créativité qu’elle développe au quotidien l'épanouit pleinement. La grande valeur prônée par Ekhi est une créativité au service du bien commun. En effet, elle met en avant des objets qui servent à l’intérêt général. Elle met en lumière des questions de société. Il s’agit ici non pas seulement de design, mais aussi de messages d’avertissements.

Un Métier Rythmé

Lors de notre échange, Ekhi nous a partagé les réalités de son métier. Elle précisait qu’il y avait des points communs entre le métier du design produit et le retail design car la méthodologie reste la même. La seule chose qui change c’est le curseur des marques envers leurs engagements. En effet, depuis quelques années les entreprises sont de plus en plus investies dans la construction de leur image. On peut voir que les clients apportent plus d’importance qu'auparavant aux valeurs d’une entreprise (même si celle-ci ne reflète parfois pas la réalité).

Par exemple, le Made In France, que prône aussi Quark, Ekhi le conseil auprès de certaines entreprises qu’elle accompagne afin d’être en phase avec les valeurs qu’elles portent. On voit depuis quelques années une remise en question de la population par rapport à leur consommation face aux enjeux climatiques. Le Made In France est redevenu à la mode, ça plaît à Quark et ça plaît aussi à la planète. Rappelons que le circuit court est indispensable afin d’améliorer nos impacts carbones. De plus, la fabrication française permet d’assurer un respect des conditions de travail envers les personnes qui ont travaillé sur le produit. Enfin, acheter Made In France c’est participer à l’économie de son pays. 

Tout d’abord, chaque projet commence pour Ekhi par une question : “où les clients veulent aller ? ”. Puis, elle analyse la résonance entre ce que la marque dégage et ce qu’elle souhaite exprimer à travers le brief. En cas d’incohérence entre les propos tenus et la réalité de l’entreprise, Ekhi peut refuser une collaboration. On peut donc dire que Ekhi est fidèle à ses valeurs et à ses convictions. 

Les meilleurs projets naissent lorsqu'il y a un écho entre les deux parties. Son engagement va du dessin jusqu'à la commercialisation du produit. Son travail au quotidien est rythmé par plusieurs étapes : 

  • Des dessins à la main avec des pointes noires
  • Du papier blanc glacé 200g qui favorise ses traits
  • Son ordinateur pour les étapes de 3D et les illustrations

Ekhi est ensuite aidée par d’autres profils talentueux qui complètent le sien sur les suivis de production technique et les images de synthèses. En effet, elle possède un entourage qualifié dont elle ne peut se passer. 

Une Designer Dévouée aux Enjeux Sociétaux

Les nouveaux engagements des marques face au changement climatique sont pour Ekhi un renouvellement créatif. Il s'agit avant tout d’un défi et d’un nouveau terrain de jeu passionnant. Les nouvelles lois peuvent rendre la vie de nos designers parfois plus rude. Il faut mettre en place de nouveaux codes et s’adresser à une nouvelle génération.

Cette nouvelle génération, Ekhi en fait partie. Elle estime que chacun, à notre échelle, peut changer les choses à propos du réchauffement climatique. Chaque petit geste a son importance. Aujourd’hui il faut réparer les erreurs des générations passées en modifiant nos habitudes de consommation. On ne vous demande pas non plus de devenir Vegan du jour au lendemain. Mais en 2022 il faut au moins trier ses déchets et ramasser le papier que vous venez de faire tomber.

Ekhi recherche actuellement des projets avec un impact de plus en plus fort. On peut retrouver sa collaboration avec la marque GWILEN. Celle-ci est la plus engagée qu’elle ait pu faire jusqu’ici. En effet, il s'agit de mobilier fabriqué à partir de sédiments marins

Chaise ecoresponsable par Gwilen et Ekhi Busquet

Collaboration Ekhi Busquet et Gwilen

"Ce jour qui vient"

Ekhi adore mettre en lumière des projets qui n’ont pas encore de puissance médiatique et qui pourront devenir les acteurs de demain. Il s’agit, pour elle, d'une façon de donner un coup de pouce grâce au nom qu’elle s’est déjà fait dans le milieu.

Les Marques et le Mindset Ekhi

Les marques pour lesquelles Ekhi travaille sont connues à des échelles différentes. Ces entreprises la contactent afin de créer une identité globale de marque forte. Il faut répondre à des enjeux environnementaux sans jamais mettre de côté le “beau”. C’est ce qui caractérise son métier. Elle arrive à trouver la balance entre l’impact environnemental de son travail et l’esthétisme qu’elle veut lui donner. Elle doit “find the balance”. 

Elle répond à la demande de son client grâce à une méthodologie créative mais qui reste proche des mathématiques. En effet, écrasons les préjugés, être designeuse ne demande pas seulement de la créativité. Il s’agit d’un métier où il faut aussi savoir utiliser sa calculatrice.

 

Publicité La Roche Posay
Ekhi Busquet au poste de direction artistique pour La Roche Posay

Les marques la contactent directement. Mais parfois, elle prend les devants et entre en contact avec des marques qui la font rêver. Ekhi nous a partagé son intérêt pour Maximum, marque emblématique de l’économie circulaire. Ils proposent des meubles fabriqués en France, de qualité, recyclés et bien sûr avec des prix abordables. Les déchets de l’industrie représentent 65 000 tonnes de matière par jour. Elle est attirée par la créativité de l’entreprise et sa capacité à développer des meubles à partir d’excédents de déchets industriels. Il s’agit d’une ressource idéale pour nos génies du recyclage. Comme la marque le dit elle-même : ils créent des solutions à partir des problèmes.

De plus, il y a certaines marques qui sont pour elle “historiques” et qui l’accompagnent depuis la création de son studio et avec qui elle prend beaucoup de plaisir à travailler. 

La Génération Trait d'Union

Ce qui la différencie des autres designers, c’est sans aucun doute son engagement environnemental pris très tôt lors de ses études. En effet, l’angoisse à propos de son avenir est apparue lors de la crise des Subprimes. Cela est justifié, car vivre une crise économique, en étant étudiante, remet en question les perspectives d’avenir. Mais malheureusement, notre génération en a vécu d’autres (dont une crise sanitaire sans précédent) et en vivra des prochaines. Pour Ekhi les crises n’en sont pas. Nous sommes dans un cercle où s’accumulent plusieurs problèmes auxquelles nous devons apporter des solutions. 

Ekhi veille à signer des collaborations qui sont en phase avec ses valeurs. Sa première grande collaboration a été signée avec Emmaüs. Pour Ekhi, il existe une génération qu’elle surnomme “la génération du trait-d’union”. Celle-ci doit faire face aux enjeux environnementaux et doit trouver les solutions pour une production plus propre. Il s’agit d’une préoccupation que seule cette génération prend réellement au sérieux. Forcément, celle-ci a envie de vivre le plus longtemps possible, et leur descendance aussi.

Papier peint "Arcencielophile"
Papier peint Ekhi Busquet et THE LOOK COMPANY 
"Arcencielophile"

Les Green Matériaux

Le point crucial qui va nous animer pendant les 10 prochaines années sera le greenwashing. 

Commençons par une définition des green-matériaux : matériau d'origine naturelle, disponible en grande quantité, recyclable, modifié dans le respect de l’Homme, inoffensif, peu énergivore et durable. 

Les “green-matériaux”, ces matériaux annoncés comme durables et sans impacts, nécessitent forcément des ressources. Ekhi ne croit pas aux discours marketing de ces nouveaux produits. Pourquoi ? D’après elle, cela ne révolutionne pas le modèle de production. Nous ne pouvons pas nous contenter de prendre un matériau dit “vertueux” puis de continuer en parallèle à conceptualiser nos objets comme au début du siècle. Il faut trouver un changement de paradigme plus profond. 

Pour Ekhi “ce n’est pas sain de produire des objets en papier en grande quantité si dans votre usage vous les pensez pour être jetables”. C’est vraiment contre-productif et nous devons nous attaquer aux usages.

 

 

Chaise ecoresponsable par Gwilen et Ekhi Busquet
Collaboration Ekhi Busquet et Gwilen
"Ce jour qui vient"

En revanche, c’est pas parce qu’on produit du plastique (alors que nous sommes entrés dans une aire où on le bannit (d’après elle, à tord) que nous ne sommes pas soucieux de l’environnement. 

Il faut étudier un produit dans tout son cycle de vie. Une analyse à 360° va permettre de mieux appréhender la production des ressources nécessaires, les phases de recyclage puis le traitement des déchets. Car certains “green matériaux” n’ont pas de solution de recyclage en France. Ils sont nouveaux et nous ne savons pas encore les traiter. Ces matériaux vont finir en étant enfouis sous Terre, avec tous les impacts négatifs liés à la pollution des sols. Nous vous rappelons que la pollution des sols aura forcément un impact sur l’Homme. Cela perturbe le métabolisme des plantes et réduit le bénéfice des récoltes. Cela rend les cultures dangereuses pour la consommation. 

Par exemple : l’algue, lorsqu’elle est chauffée, se transforme en une sorte de plastique. Il lui faudra ensuite plus de 80 ans pour se décomposer. Nous sommes donc loin du comportement organique qui fait la force de ce matériau. Il s’agit pour l’instant, tout simplement, d’un argument marketing. 

Il faut sensibiliser le grand public sur ce sujet, en s’y mettant tous afin de parvenir à trouver des solutions. Il n’y a pas de petit geste. Chaque effort multiplié par le nombre d’Hommes ferait des miracles. 

Il s’agit d’une réinvention de façon de penser, de consommer et de désirer. Soyons donc inventifs!

Plus de Collectif dans le Design

Sa plus grande peur dans son métier est le sérieux. En effet, l’identité du designer est parfois plus mise en avant que le fond. 

Ekhi rêve d’un monde du design plus collectif, où les acteurs mettraient leur talent au service d’enjeux d’intérêt général

En effet, leur créativité peut permettre de mettre en lumière certains problèmes de la société. De plus, le nom de certains créateurs pourrait être un levier non négligeable. Ou même encore leur audience sur les réseaux sociaux, comme l’utilise Ekhi. 

Ses Inspirations

Ekhi est une abonnée investie sur le profil de Usbek et Rica. Il s’agit d’un magazine trimestriel français fondé en 2010. Ils écrivent sur des problèmes de société, ils explorent le futur. Ils parlent de problèmes internationaux que peu de médias mettent en avant. Il s’agit donc d’un bon moyen de se tenir informé des dernières actualités.

 

Usbek et Rica Instagram
@usbek_et_rica

Elle nous a partagé le compte de sa dernière collaboration GWILEN. Ce nom vient du plus long fleuve breton. Mais il s’agit avant tout de Yann. Yann est un architecte et ingénieur qui s’est lancé dans le développement d’un procédé de transformation afin de produire ses sédiments. L’objectif est très clair : limiter la consommation énergétique lors du processus de transformation. Les premiers essais ont été effectués en 2016. 4 ans après, Yann a réussi a créé sa société. Cette année, il lance un programme de recherche et développement pour développer de nouvelles applications architecturales. 

En somme : il s’agit d’un processus naturel de formation de roches sédimentaires permettant de solidifier ces déchets naturels. Ce projet a nécessité une cuisson à haute température. Cela économise de l’énergie par rapport aux procédés traditionnels. 

 

Gwilen Instagram
@gwilen_
Un grand merci à Ekhi de nous avoir accordé son temps !
Vous pouvez découvrir son travail sur son site web : https://www.ekhibusquet.com/collaborations
Et la suite sur son compte Instagram : @ekhibusquet
À bientôt les Quarkos pour de nouvelles rencontres ! 

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