Rencontre Déco #26 : Tristan Gesret, le peintre en lettres | Quark

Rencontre Déco #26 : Tristan Gesret, le peintre en lettres

Quark est parti à la rencontre de Tristan Gesret. Il s'agit d'un artisan peintre en lettres. En plus de faire un travail exceptionnel, il a le mérite d'apprendre ce métier seul. Nous sommes heureux de mettre en avant un artisan français talentueux.

Tristan Gesret peintre en lettres
@tristangesret

Peux-tu te présenter ainsi que ton activité de peintre en lettres ?

Je m’appelle Tristan Gesret et j’ai 32 ans. Je suis breton et j’habite à côté de Vannes. Depuis 3 ans je suis peintre en lettres. 

J’ai un parcours atypique. Je n'étais pas du tout prédestiné à une carrière dans l’artistique. J’ai jamais su quoi faire. Donc j’ai écouté mes parents. J’ai fait un bac S. Et je suis allée en médecine parce qu'il y avait beaucoup de débouchés.

Tristan Gesret peintre en lettres
Peinture à l'identique des lettrages sur une Messerschmitt KR200 Super 

Après j’ai fait de l’immobilier. J'ai même obtenu une licence en droit immobilier. Après j’en ai eu marre donc j’ai fait des expériences de mon côté tels que des voyages. Puis, il y a quatre ans, j’ai découvert par hasard la peinture en lettres. Ça a été une révélation et je m’y suis mis à fond. 

Il s’agit d’art ou d’artisanat le métier de peintre en lettres ? 

Je me considère comme un artisan. Il y a beaucoup d’apprentissages théoriques tels que les tailles des lettres, les proportions, les typographies, les combinaisons de couleurs… Je ne lâche pas prise lors de mes projets.

Tristan Gesret Peintre en lettres
Lettrage peint sur des vitrines 

En plus je fabrique des enseignes, donc je travaille beaucoup avec le bois

Où en es-tu dans tes projets actuellement ? 

Depuis que je me suis lancé il y a 3 ans tout seul : ça a pris de l’ampleur. Assez rapidement. Ma copine a rejoint l’entreprise. C’est elle qui gère la communication. C’est pour ça qu’on est productifs sur les réseaux sociaux. On a également une salariée en temps partiel qui est graphiste. Ça décharge notre travail. Parce que finalement on a beaucoup de travail à faire sur l’ordinateur. Il y en a plein qui subliment le métier de peintre en lettres. Mais, même si on excelle, on ne peut pas se passer de l’ordinateur. Donc on l’utilise pour faire des maquettes, des incrustations et plein d’autres choses. 

Tristan Gesret Peintre en lettres
Publicité murale sur un pignon de 7x9 mètres 

À l’époque, le restaurateur appelait le peintre en lettres, puis il voulait qu’on note restaurant sur sa façade. Avec éventuellement une couleur précise. Puis le peintre en lettres réalisait directement le lettrage, avec un petit croquis. 

Maintenant les clients sont plus exigeants. En plus, aujourd’hui, il y a des demandes à faire auprès des APS, des architectes des bâtiments de France où d’autres personnes. Donc il faut faire plusieurs propositions sur ordinateur, plusieurs incrustations, les dimensions exactes, trouver la bonne couleur. En conséquence, on prend plus de temps qu’avant. 

Aujourd’hui on a un petit atelier chez moi, dans une dépendance. Il est très petit donc on est vite débordés dans l’atelier. Mais, à partir de l’automne prochain, on déménage dans un atelier de 200 mètres carrés ! 

Tristan Gesret Peintre en lettres
Collaboration avec @julesmaillard_dessins 

Après concernant les projets de l’atelier, on travaille sur toute la Bretagne, tout le Grand Ouest. Nos projets sont plutôt variés, je peux peindre pour des restaurants, des écoles, des boutiques, des bars, des institutions ou encore des particuliers qui ont des véhicules de collection. 

Quel a été ton plus gros challenge de peintre en lettres ?

L’un des chantiers qui m’a fait connaître, c'est : une façade qui fait 9 mètres de haut et 6 mètres de large. 

Je venais de commencer la peinture en lettres donc je n'étais pas encore hyper à l’aise. Puis c’est impressionnant de se retrouver face à ce grand mur. Mais on a réussi. On a été au bout, et on était contents. On aimerait vraiment développer ce type de projet. Peindre sur des grandes façades comme à l’époque au Havre. J'aimerais vraiment que ça revienne au goût du jour ! Je suis convaincu que ça va revenir. 

Surtout dans une ère où tout le monde prend tout en photo, tout passe par l’image. Ça serait génial qu’une entreprise se mette à communiquer comme ça, ça ferait un buzz énorme. Mais malheureusement ça coûte plus cher qu’un panneau publicitaire. 

Tristan Gesret peintre en lettres
Peinture en lettres sur un mur de 13 x 4,50 mètres 

Ça fait partie de mes futurs challenges. Je suis prêt à parcourir toutes les routes de France pour persuader une entreprise de faire ça. 

Après on a fait un autre projet cool.  C’est le bateau de Grain de Sail. C’est du chocolat qui se vend dans les grandes surfaces. Ils ont créé le premier voilier cargo transatlantique qui va chercher du cacao en Amérique du Sud. Et ils reviennent en Bretagne à la voile pour prendre part au marché Français. Donc, il y a une démarche écoresponsable grâce à un faible bilan carbone. 

Tristan Gesret peintre en lettres
Peinture en lettres sur un voilier cargo transatlantique 

Ils m’ont demandé de peindre le nom du bateau. J’étais en balançoire avec des cordages au-dessus de l’eau. C’était impressionnant. En plus, il y avait du vent. Il fallait que j’arrive à me stabiliser. Je crois que je n’ai jamais eu autant de courbatures après un chantier.

Tristan Gesret peintre en lettres
Peinture en lettres sur un voilier cargo transatlantique 

Tes outils de prédilection ? 

En termes de matériel c’est vraiment très varié. Lorsqu’on s’attaque à des grosses façades, là on a des grosses brosses très agréables. J'utilise des brosses à réchampir. Je commence vraiment à adorer ce pinceau. Puis il y a aussi les pinceaux plats et des petits spalters. 

En revanche pour les petites enseignes où il faut un travail de précision, on utilise des pinceaux en poil de martre. Ce sont des poils naturels très longs et doux. Il faut vraiment en prendre soin. Il permet de prendre une grosse charge de peinture pour faire de grands tracés sans discontinuité. Le but est de faire le moins de passage possible. 

Tristan Gesret peintre en lettres
Peinture en lettres sur une devanture 

 

Dans ma main gauche j’ai une canne et dans ma main droite j’ai mon pinceau. Ma main droite est posée sur une canne que je tiens avec ma main gauche. Elle me permet d’être stable et c’est ma main gauche qui bouge la canne afin d'avoir des traits plus précis. 

Comment les clients t’approchent ? 

Ils utilisent beaucoup Instagram, maintenant on ne peut plus s’en passer. Puis il y a aussi pas mal de bouches à oreilles. Dès qu’on arrive dans une nouvelle rue, vu que le travail est visible, les commerçants se passent le mot

Par quelle étape commence un projet ?

Je demande “quelles sont vos attentes ? ”. Je veux comprendre le style, pour apporter mon conseil. On propose une typographie, des effets et des couleurs qui sont en accord avec le style voulu.

Maintenant il y a la charte graphique qui est présente presque partout et qu’il faut respecter. Ça représente deux tiers des projets. Dans ce cas, on adapte la charte graphique à la façade.

Peinture en lettres
Lettrages à l'intérieur d'une Mosquée 

Et finalement, j’aime autant les projets partant d’un style que ceux avec une charte graphique. Car les projets où il faut créer tout un univers sont très énergivores. Et en réalité je n’aurai pas le temps de faire seulement ça. Et puis reproduire à l'identique une charte graphique c’est plutôt un challenge. En plus ça me permet de travailler avec des graphistes qui ont vraiment du talent. 

Concrètement j’aime bien une carte blanche de temps en temps. 

Comment s’organise un projet ? 

On est très organisés pour ne pas perdre de temps. On commence par un rendez-vous sur place avec le client. Il faut s’imprégner du lieu. Parce que ce n’est pas juste “peindre une façade”. Il faut que ça s’intègre dans la rue et dans l’architecture. Donc il faut bien assimiler les attentes du client. 

Tristan Gesret
Peinture des lettrages sur les deux pignons, la face principale et sur le rideau métallique

On fait des petits croquis à la main jusqu’à ce qu’on cerne ce que veut le client. Puis, on fait des retours réguliers sur l’avancée du projet. Ça permet de valider chaque étape. On ne peut pas arriver avec un projet terminé alors que ça ne convient pas au client. 

Comment se termine un projet ? 

Mon métier est génial car généralement on a la même façon de voir les choses avec les clients. Il s’agit d’un autre état d’esprit car c’est un effort financier de la part du client. 

Tristan Gesret
Peinture en lettres sur la devanture d'une chocolaterie 

 

On tombe très souvent sur des clients sympathiques, ouverts d’esprits. Ce qui est impressionnant c’est qu’on développe parfois des amitiés avec des clients. On arrive à la fin du chantier donc il s’agit généralement de la touche finale. Les clients sont souvent ravis, ils n'ont plus de travaux en cours et sont prêts à ouvrir ! Il s'agit de bonnes vibes.

Il y a des côtés difficiles du métier de peintre en lettres ? 

Oui, et c’est important de le souligner. Je suis très sollicité pour des stages car il y en a plein qui veulent devenir contremaître ou autre. Il s’agit un peu du problème d’Instagram. Car tout est beau, tout est mis en scène. Alors qu’en réalité, il y a énormément de travail de préparation, le climat en Bretagne est : humide et froid. 

Il faut parfois faire des kilomètres, ou encore monter l'échafaudage. Rester durant plusieurs heures face à une façade à faire des petites lettres. 

Tristan Gesret
Peinture en lettres pour un restaurant 

Il s’agit d’un travail de patience et physique et où il ne faut pas lâcher sa concentration. 

Je prends un maximum de stagiaires car il faut montrer les difficultés du métier

As-tu des peurs dans ton métier ? 

J’ai toujours peur de ne pas y arriver. J’ai encore énormément de choses à apprendre. Il n'existe plus de formation de peintre en lettres. Donc j'apprends en autodidacte. C’est pour ça que je ne suis jamais sûr de moi à 100%. Malgré ça à chaque fois ça se passe bien. Mais j’ai toujours cette peur de foirer mon trait. Grâce à mon expérience je suis de plus en plus à l’aise. Puis une fois que je suis sur place, la peur s’estompe rapidement. 

Tristan Gesret
Peinture en lettres pour une écurie de course au large 

Quand je commence à peindre je rentre en symbiose avec mon pinceau. Je suis presque en méditation. Le temps passe hyper vite et je fais le vide. 

As-tu des comptes Instagram à partager ? 

@siclone_

siclone
Planche de skate 

Il s’agit d’un menuisier qui crée des planches de surf, de skate ou encore à découper pour des restaurants. Je travaille régulièrement avec lui. D’ailleurs c’est quasiment mon voisin. On habite seulement à 500 mètres à vol d’oiseau. On collabore surtout pour des enseignes.

David Deroy

David

David est un artisan qui habite dans la même commune que moi. Il est luthier. Son talent lui a permis de remporter plusieurs prix. Il adore son métier et il s’agit d’un vrai passionné. 

N'hésitez pas à jeter un coup d'œil à notre dernier article : Houbly et leurs matériaux biosourcés 

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